Dernières préparations à la veille du départ

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1er août 2010, je suis à la veille de mon départ pour un voyage à vélo entre Nantes et Budapest sur l’Eurovélo 6. Il est temps de remplir mes sacoches en mettant tout mon matos, que ce soit bien ranger et surtout que ça tienne la route !

Suivant mon listing, je réparti mes affaires dans les 3 sacoches arrières de mon vélo : vêtements et bouffe dans les grandes poches, affaires de toilettes et livres dans les petites, couchage au dessus du porte-bagages. Une range-utile sur le guidon avec carte à vue, une trousse de secours pour mon vélo, bouteilles d’eau, selle gel pour le confort, chrono, rétro et anti-vol pour la sécurité. Le petit plus avec un drapeau breton acheté à Cancale et une pancarte à l’avant du vélo où il y a inscrit :  » Le vélo, c’est rigolo, c’est écolo ! » ( j’avais aussi tout est plus beau à vélo »). Merde, je veux prendre « toute la musique que j’aime » sur mon lecteur-mp3 et ça me prends beaucoup de temps de dernière minute…

Tout est prêt enfin, je décolle de ma colloc de Rennes pour filer à Saint Vincent des Landes (44) où j’ai décidé de prendre mon envol. C’est mon village natal, il y a encore mon grand-père qui là. Je lui dis que je suis décidé à partir faire « un grand tour de vélo » et que je pars demain matin à la première heure. Ca fait un mois que j’en parle à mon entourage, même si j’en ai l’idée depuis plus d’un an. Je leur dis que je veux traverser la France d’Ouest en Est jusqu’à Bâle par la Loire. Mais ma motivation seule aimerai aller jusqu’à Budapest et traverser plusieurs pays européen par le Rhin et le Danube.

Je passerrai donc ma dernière nuit dans mon fourgon-aménagé et partirai le lendemain de cet endroit où j’ai passé seul de longs mois il y a quelques années. C’est d’ailleurs un peu par revanche sur mon existence à cette période que je veux et DOIS partir prendre un grand bol d’air et transformer mes réflexions en actions, mes doutes en expériences. Pendant tout mon voyage, je réfléchirai à l’évidence que j’aurai pu déjà faire ce voyage pendant cette période de questionnement puis de dépression…

Bon, mon vélo est tout beau et tout neuf, ca devrait bien démarré même si mon pneu arrière s’écrase un peu sur le poids de mes bagages à l’arrière et que mon guidon bouge un peu… Mais je ne peux rien toucher à cet instants là car je n’ai qu’une petit pompe à vélo et j’ai déjà échanger  mon vélo car j’avais fusillé le filtage des vis de la potence…

Allez une bonne nuit et demain c’est PARTI !! Il faut réussir à trouver le sommeil en ne pensant plus et se réveiller à 8h à l’aube. Ca va être bien ce voyage, je suis trop excité et surmotivé !!!

Le grand départ

DSCF0255Levé de bonne heure et de bonne humeur ! Ca y est, j’attaque mon voyage en solo. Et oui, pas de petit commité pour m’encourager à prendre la route :-/ C’est pas grave, je le savais à partir de mon village, personne ne vient me voir ici… Un bon petit dej, une petite clope avec la fin de kawa, brossage de chicos, dernière vérif du packetage, je barre les portes de mon camtar et un petit coucou à Papy mais il ne répond pas.

Le départ est lancé à 9h15, le compteur est remis à zéro. Je prends les routes de mon enfance en passant devant ma maison de mes parents. Près d’une ferme, je tombe sur un petit roquet qui me course après en aboyant et en montrant les crocs. Saleté de clébard, et le fermier qui ne dis rien !

Je roule proprement pour trouver mon équilibre et tester ma condition physique : tout est OK. Je vais en direction d’Ancenis par des routes départementales pour rejoindre la Loire. J’entreprends des montées et descentes légères, je mate les voitures qui me dépassent dans mon rétro, je fais une pause près d’un sanctuaire en bord de route  : ca se passe bien, j’avance bien et suis au taquet ! Avant d’arrivé à Ancenis, je traverse une route barrée pendant 5 km et la DDE me dis de passer.

DSCF0256.JPGJ’arrive à Ancenis par un tunnel piétonnier, j’achète une baguette et le Ouest-France et je vais pic-niqué (pain avec paté et kiri) sur le sable à 12h, avec vue sur la majestueuse et sauvage Loire. Je me fais une bonne pause d’1h45 avec lecture du journal et mini-sieste bien mérité après ces 40 premières bornes arrachées.

En repartant, je croise un cycliste avec toute la combinaison du cycliste pro. Ca ne m’impréssionne guère, voir je trouve ca un peu too much et ridicule.  Et puis aussi un jeune couple plus fringant avec une remorque un peu casse gueule qui reparte avant moi. C’est pas grave, c’est pas la course non plus même si j’aimerai me doser en endurance pour cette première journée. Je traverse la Loire par un grand pont vert en acier pour rejoindre l’itinéraire bien balisé de « La Loire à vélo », première portion de l’Eurovélo6.

DSCF0265.JPGJe circule sur une belle route goudronnée étroite comme la largeur d’une voiture. Ici, pas de bagnoles à surveiller mais des cyclotouristes à saluer en les croisant. Je suis des yeux la Loire, visible à ma gauche et à ma droite en passant sur une de ces nombreuses îles, bras de fleuve et affluents comme le Louet. Je longe de belles petites maisons, champ de maïs et barques en bois que l’on nomment les sablières, embarcation typique de la Loire. Me v’la chanter à tût-tête des tubes de « Nostalgie », je fais de grands bonjour à mes camarades : c’est la joie dans mon esprit ! Je visite une expo de plein air le long du fleuve lors de ma pause de 4h : très sympa avec ses statues de bois et ses abris de fortune barriolés au couleurs hindous. Je finis mon parcours en passant dessus de grand pont, avec vue sur de beaux jardin sur fond de grand ciel bleu.

DSCF0270Après avoir traverser Challonnes sur Loire, j’arrive à 18h au camping indiqué sur ma carte EuroVélo 6 qui est très bien détaillé. Je fais le calcul de la journée : 96 km parcouru pour 5h vissé à ma selle ! Pas mal du tout, je suis content  de ma journée mais c’était un peu long à en voir le bout sur la fin. Je suis crevé et je mets du temps à me poser car selon les autres cyclotourises, y’a pas d’accueil et pas de proprio pour ce soir dans ce camping. Je cherche et trouve un emplacement caché entre 4 haies naturelles, à côté des sanitaires mais aussi à 2 mètres d’une ligne de chemin de fer où il y a du passage à grande vitesse ! Je prends une douche revigorante et je vais chercher une bière à pied au bourg de la Possonnerie. Après avoir fait le tour du pâté de maison et sifflé une binouze dans un petit bar-resto, je fume une cigarette rigolo au bord du grand fleuve. Je me remotive mais pas de djeun’s pour faire la fête ce soir avec moi. Tant pis, je fais une soirée « posé » à ma tente : je mange une salade, j’écris mon carnet de voyage, je tombe sur une émission de radio parlant de Freud, de lutins et finis par m’écouter un bon vieux bob sur mon lecteur MP3.

Un détour rude et peu enrichissant

DSCF0275Au compteur : 88km, 4h55, 17.86 km/h

La nuit a été agitée car j’entendais souvent sifflé le train. La tente a pris la rosée ce matin et je suis obligé de la remballer humidifié entre 8h et 9h. Enfin, je pars du camping sans lâcher un sous car il n’y a toujours personne au poste :-)

Je longe et prends ma 1ère pause en bord deLoire qui est brumeuse à cet heure-ci. Je m’arrête pour prendre une photo d’un manoir mais v’là que mon vélo, qui est censé tenir debout avec sa grande béquille, se casse la gueule magistralement, avec la sacoche-guidon ouverte bien sûr ! C’est pas très grave, je le relève et je constate qu’il n’y a pas de casse et que mon appareil photo s’en est remis. Je suis et devance un jeune couple modèle très équipé et pointu sur la sécurité portant de magnifiques gilets jaunes en plein jour !

A midi, je trouve une bonne place et m’accorde une sieste bien grasse dans l’herbe.
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Dans l’après-midi, c’est là que ça se corse. Je décide de faire un détour de 4 km pour me rendre au Cadre Noir de Saumur. S’enchaînent grosses montées et descentes qui sont terribles avec toute cette charge. Rendu là, je constate que la visite est taxé 7 euros, tout ça pourra voir seulement les écuries. Je repars sans rien avoir appris sur ce célèbre harras, seulement une pancarte toute moche que je prends en photo pour me rassurer sur le but de mon ecapade et un manège avec des enfants.

Bien sûr, la route vers Saumur est pourrie, avec des cailloux et mal indiquée. Rendu dans le centre, il y a trop de bagnoles, des rues étroites, des bourges partout et rien que des magasins à la pelle. Ah, cette halte de ma 1ère grosse ville ressort bien les modes de vie des citadins : consommation futile comme seul passe-temps, l’énervement pour trouver une place de parking et 3 voisines filles en terasse de café qui arrivent discuter pendant 1/2 heure de bijoux… Et moi qui déguste ma petite leffe en regardant les passants de la grande place.

DSCF0281Après cette bonne pause, une petite dernière longueur mais je craque et fais une pause à 10 min avant  d’arriver au camping ! J’arrive déjà en Indre et Loire, département de la région Centre ! Je discute pour savoir la route à suivre avec 2 cyclos sympas qui font Saint Nazaire – Dijon et qui accomplissent 50-60 km par journée.

Visite château de Villandry

Au compteur : 81 km, 4h, 19.9 km/h

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Aujourd’hui, je prends la direction de Tours. Mais avant cette grande ville, je veux visiter un château de la Loire, nombreux dans cette région : ce sera Villandry ! Le chemin est bien tracé pour y parvenir. En arrivant, je vois qu’il y a un paquet de touriste français et étranger. je fais une bonne grosse pause entre 13h30 et 16h pour manger, me reposer et entrer dans l’enceinte du château. Juste avant la visite, j’ai une grosse envie préssente subite, alors je cherche des WC publics dans la ville mais rien en vue ! Je me décide pour entrer en speed dans un troquet et je commande une menthe à l’eau qui me sera facturé 2,40 euros ! En partant, je m’apercevrai que les WC se situaient dans le square aménagé mise à disposition destouristes pour se parker, pic-niquer et s’informer…

Pour ce qui est de la visite des jardins, je trouve ça grandiose : jardins avec grandes fontaines, potagers,  profusions de fleurs, labyrintes de haies, canaux avec de grosses carpes et une vue surplombant le parc et une partie de la ville. Je mitraille de photos et je marche vite pour retourner sur la route pas trop tard pour mon étape du soir. J’écoute du bon son avec mon lecteur MP3 pour atteindre Tours par les petites routes : ca me fait chanter et bien avancer !

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En fin d’après-midi, j’entre dans un camping 3* à 9 euros à 8 bornes du centre de Tours. Devant la réception, je tombe sur un groupe de jeunes en vélo. L’un d’eux examine mon fidèle destrier et me balance : « T’as réussi a bien accroché tes sacoches, moi ça merde ». Puis il me sort tout de go : « Bon voyage en solitaire ». Pff pauve débutant confirmé… Plutôt que de faire connaissances, il s’installe a 20 mètres de mon camp. Enfin, une adolescente allemande qui est avec ses parents et qui me fait les yeux doux me calme un peu de mon ennervement. C’est décidé, je me fais un cassoulet en speed et je fait l’aller-retour pour visiter Tours by night.

DSCF0309.JPGArrivé à la place de l’hotel de ville à Tours, je ne trouve pas de bar sympa alors je regrimpe sur mon bike et je prends les grandes avenues, mais là pas plus de trouvaille. Je demande à un type dans la rue  » Y’a des cafés dans l’coin ? » Le mec me regarde droit dans les yeux mais ne sort pas un mot, y’a vraiement des gens chelou… Après 45 min de recherche désespérée pour trouver un quartier animé, je tombe sur une seule rue correspondant à mon attente. Je rentre dans le pub de la rue Colbert où je m’enfile une pinte de Guiness en éclair car je pense à ma solitude… Je me fume un petit pétard au bord de la Loire pour me faire passer ces idées et rentrer dans la nuit noire à ma tente qui se trouve à 8 bornes de là. J’aurai pas vu grand chose de la première grande ville traversée…

Premier pépin mécanique

Au compteur : 78.85 km, 4h30, 17.34 km/h

DSCF0313J’ai bien dormi cette nuit mais je suis parti assez tard (10h) en raison de ma sortie nocturne d’hier. Avant Amboise, la potence de mon vélo se défixe ce qui fait que mon guidon bouge et se place à l’horizontal. J’avais déjà eu ce problème lors de l’achat de ce modèle de vélo : je n’arrivai pas à le fixer car la vis de la potence ne serrai pas à fond. Résultat : j’étais retourné au service après-vente de Décathlon pour changer cette vis car l’une des 3 avait le filtrage bien entamé. Je tombe sur un petit stagiaire, je lui explique le problème et il fait le même constat que moi en me disant que le système est foutu. Par contre, il me dit que la pièce ne sera pas remboursé car c’est moi qui l’ait pété alors que la garantie stipule que seules les pièces usées par le fonctionnement sont remplacées gratuitement. Le pire, c’est quand il m’annonce qu’ils n’ont pas cette pièce, ni en réserve ni en stock !! GRRR, ça m’énerve au plus au point et bien sûr la commande ne sera pas livrée avant mi-août, dans un mois… Je lâche pas le morceau et commence à monter sur mes grands chevaux : pourquoi pas m’échanger le vélo avec un neuf en vente car je l’ai seulement depuis 3 jours et n’est pratiquement pas roulé avec !! Finalement, il se décide à faire appel à la directrice et elle ne fait pas d’histoire, elle me dit de reprendre un vélo de ce modèle. Concernant le système de la vis, on ne m’expliquera pas son fonctionnement spécial mais je taille la route au plus vite avec mon vélo tout neuf ! Fin de la parenthèse ().

DSCF0315Je tiens avec ce guidon branlant jusqu’à Amboise et me mets en haut des remparts pour me pencher sur le problème. Je dévisse et revisse tout une fois mais rien y fait. Je trouve et vais chez un loueur de vélo pour qu’il m’aide mais il s’occupe de ses clients avec ses vélos de location et me laisse démonter sur l’étroit troittoir de son magasin et lui explquer ensuite le soucis. Il n’en sait rien mais que je peux aller voir un vrai réparateur de vélo de l’autre côté du fleuve. Je mange mon pique-nique sur une île avec une canne pas farouche puis file « chez Richard » à 14h. Il n’est pas encore ouvert alors j’essaie une dernière fois de réparer tout seul : gros coup de chatte, le guidon tient !! Le mec se pointe, bye bye…

Sur la route, je suis puis rencontre un couple mulhousois de 50 ans avec l’accent de l’est. Les 2 sont bien équipés avec le dernier Rockrider avec 3 sacoches cubiques à l’arrière. Ils sont partis de Saint Nazaire et suivent aussi l’Eurovélo 6 jusqu’à leur maison. Ils avancent bien aussi, à 80 km/jour en partant de bonne heure le matin et en dormant dans des gîtes le soir car ils n’ont jamais fait de camping… Enfin ils sont sympas et on fait un bout de route ensemble, lui est bavard et parle de tout.

DSCF0325A Chailles, je ne trouve pas le chemin du traçé et je me paye une méga côte pour tomber sur le cimetière du patlin. Je remplis mes 2 bidons d’1L, c’est toujours ça de pris ! Une petite mémé en AX me vois paumé et me renseigne sur la direction à suivre : merci bien Madame ! Je traçe vers Blois, où les bois sont immenses, et j’y fais mes provisions alimentaires en donnant 2 euros au SDF de la porte de la superette. Finalement, j’entre sur un grand camping en bord de Loire avec une base de kayak où je prendrai une Leffe le soir (parfait après une bonne montée du stick) et où je réfléchirai sur le programme du lendemain entre un virée en kayak ou la visite du château de Chambord. Finalement, je ne ferai ni l’un (pressé de fusé), ni l’autre (Chambord est surpeuplé et ça fait un détour de 20 bornes) et je finirai ma mousse par écouter les pecknos du coin qui se chambrent entre eux.